Nous rêvions juste de liberté – Henri Loevenbruck

« Et alors j’ai roulé, j’ai roulé tout seul, et j’étais tellement tout seul que ça a duré plus d’un an.couv70526056J’ai roulé dans le désert, j’ai roulé sur les montagnes, j’ai roulé dans le soleil et la neige, j’ai vu des forêts et des lacs, des champs et des collines, des routes bien droites et des lacets, des pentes et des plaines, j’ai vu mille visages, mille paysages, j’ai connu les joies sublimes et le désespoir, la peur et l’espérance, j’ai connu les pannes, de fuel et de courage, j’ai connu la haine et l’amitié, la faim, le froid, la canicule, j’ai reconnu des frères, enlacé des passantes, j’ai bu dans mille bars, dormi sous mille étoiles, j’ai cru mourir mille fois et dans mes songes, toujours, il y avait notre bande, il y avait Melaine, il y avait Oscar et il y avait Freddy, j’ai laissé pousser ma barbe et mes cheveux pour pas couper trop loin mes racines, j’ai vu des terres familières et des territoires inconnus, et chaque jour était un nouveau départ et jamais mes yeux ne se sont posés sur une carte.

Sur la route, j’ai revu plusieurs fois ma vie tout entière, j’ai eu tout le temps, dans la longue caresse du soleil et du vent, de me poser toutes les questions, de faire le tour de moi-même et de nous tous et, dans ma solitude, j’étais si fier de nous. J’ai appris à sourire même de la mort, pour ce qu’on avait pu partager. J’ai appris la paix, j’ai appris la vanité, l’éphémère, la fragilité des choses et le souffle léger des hommes, j’ai vu la brièveté de la vie, j’ai vu le temps qui passe et qui n’est rien, j’ai ri de nos espoirs idiots, de nos combats imbéciles, et plus rien ne m’a paru aussi grand que la route elle-même… »

 Henri Loevenbruck

Parfois, le malheur s’installe chez quelqu’un pour ne plus jamais en repartir, laissant la place de temps à autre, à quelques moments de bonheur distillés par une main cruelle et revenant plus fort, plus acharné, plus farouche… Parfois, la liberté est là, qui tend la main comme une amie providentielle. On la touche du bout des doigts, on sent sa douceur et son odeur et puis elle s’éloigne, emportée par les conventions et par un quotidien sans compassion… Parfois, certains se libèrent de ce joug sans atteindre une quelconque félicité. La vie n’est faite que de choix et ceux qui mènent vers le bonheur sont bien plus durs à prendre et demandent des sacrifices que nous ne sommes pas toujours prêts à faire…

Parfois, certains livres libérateurs nous font croire, l’espace d’un instant, que la liberté pourrait être juste cachée derrière quelques pages, donnant l’illusion que l’atteindre est facile, qu’il suffit de tourner ces feuilles de papier pour la savourer. « Nous rêvions juste de liberté » en est la parfaite incarnation.

2 commentaires sur “Nous rêvions juste de liberté – Henri Loevenbruck

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