Les gens de la nuit – Michel Déon

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«Une absence pèse un poids beaucoup plus intolérable qu’une présence. Contre une absence, on ne peut pas se battre. Elle est un mal qui ronge jusqu’au jour où, dans l’éclair d’une rencontre, le voile se déchire : «Ce n’était que cela…», se dit Jean Dumont, mais pour se libérer il a dû se plonger dans la nuit de Paris des années 50. En vivant la nuit – en vivant aussi la nuit –, il a lutté contre ce monstre caché au fond du labyrinthe : le temps dévorant. Sur son chemin, il a rencontré des êtres qui lui ont tenu la main un instant. Il n’était pas aussi seul dans la vie qu’il l’aurait cru, et Paris est une ville grosse de mystères, de tendresses inattendues et de violences soudaines. Paris est une ville infiniment poétique où les femmes ont reçu le don de guérir les hommes de leurs obsessions.»

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« — J’ai froid, dit-elle. Froid à l’intérieur. Il y a un mot que j’aime bien et que je ne sais pas employer très justement, c’est le mot algide. Je crois que je passe par une période algide de ma vie. J’ai froid, terriblement froid. Ça ne s’explique pas. Quelquefois, quand j’ai très froid comme ça, je bois des grogs, des punchs bouillants mais, en réalité, ça ne change rien. Je continue d’avoir froid à l’âme.
À l’âme… voilà que je dis encore des gros mots. Il vaut mieux que je rentre. Ne bougez pas. Je n’ai que la rue à traverser. Restez tranquille. Chaque soir, il y a au moins deux ou trois filles qui viennent avec des types et qui s’ennuient. Vous pouvez en lever une.

Bonsoir. »

Michel Déon — Les gens de la nuit

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Les gens de la nuit » est une ode au plaisir irresponsable et à ses conséquences aussi insignifiantes pour la santé que merveilleuses pour les souvenirs. On y voit un sosie de Déon faire la java à Saint-Germain-des-Prés, se noyer dans le whisky, danser dans des caves noyées de fumée, ne jamais dormir, garder tout son charme et tomber les filles. Les jeunes femmes, volontiers infirmières, adorent ça. Lui boit comme Blondin mais se trouve vite deux bonnes copines, Gisèle et Maggy. Elles font partie d’une bande où tout le monde se partage un peu avec tout le monde.
Ce n’est pas très moral, mais comme disait Aristote :

« Mieux vaut partager une bonne affaire à plusieurs qu’en gérer tout seul une mauvaise. »

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Il suffit parfois du plus léger mot pour que notre peine s’apaise quelques heures, cesse de nous brûler.

Les gens de la nuit – Michel Déon

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