Les lettres de « rouspétance »

J’ai découvert Ernestine Chasseboeuf et ses « lettres de rouspétance » par hasard.
Elle ne connaissait ni Facebook ni Tweeter, alors, elle envoyait des missives à travers la France pour s’exprimer, pester ou réclamer. Et des sujets qui la hérissaient, il n’en manquait pas. Elle pouvait tout aussi bien écrire au programmateur de Télérama, qu’à Laurent Ruquier, Noël Mamère, Philippe Val, et à de nombreux élus (maire, député, ministre). Mais elle n’hésitait pas non plus à contacter les fabricants de biscuits, de fromages, de confitures… Pour leur faire part de remarques pertinentes concernant leurs produits.
Ernestine, droite dans ses bottes, a voulu étaler ses avis sur tout et rien… Ses lettres étaient tournées pour faire mal là où ça devait faire mal.
Ernestine
Une lettre envoyée à France Inter :

à Michel Grégoire, Directeur de l’après-midi à France Inter
C’est pas comme ça qu’il faut dire ?

Monsieur Grégoire,
Vous allez dire que je vous harcèle, mais ce coup-ci, c’est important. Je vous avais proposé mes poèmes à lire puisque vous avez une belle voix, mais ça pas l’air de vous intéresser et vous avez bien le droit. Je vous les envoie quand même. Je les ai envoyés aussi à Belin, c’est un éditeur, pour voir si je dois persévérer dans la poésie ou plutôt commencer la peinture. Mais j’ai pas de réponse parce que je me suis trompée avec un autre Belin qui fait des gâteaux secs.
Si vous pouviez lire au poste l’épithalame que j’ai faite pour des amis qui se marient vendredi 7 mai, ça me ferait plaisir. Ils s’appellent Jeanne et Francis et comme ils adorent la poésie, je leur ai copié ça dans le fond d’une assiette. Ils se marient dans l’intimité, alors ça serait bien que tout le monde le sache.
Les épithalames, c’est des poèmes exprès pour les mariages, c’est dans le Larousse. C’est pas facile, comme poème, il y en a pas beaucoup qui s’y sont frottés. J’ai tout un livre rien que du Rimbaud, pas une épithalame ! Comme c’est le printemps des poètes, je pense que c’est le moment d’en profiter. Si mes poèmes vous plaisent, j’en ferai un sur vous pour vous remercier.
Vous faites des progrès, je dis pas ça pour vous flatter. La philosophie, c’est une bonne idée, mais j’y comprends rien, on dirait France-Culture.
Je vous embrasse
Ernestine Chassebœuf
PS : les mots inventés c’était bien, moi j’ai inventé cacagénaire, c’est quand on est plus que vieux et qu’il est temps d’aller à l’hospice.

Epithalame

assiette

Pour fêter votre hymen, je voulais vous offrir
Quelque chose de beau qui pourrait vous servir.
Sans liste de mariage, c’était très difficile.
Un coffret à nougats ? Un chauffe-pied sans fil ?
Et puis un beau matin, je me dis tout de go,
Je m’en vais leur offrir un service à gigot !
C’est un manche avec vis et un grand coutelas
Pour couper le gigot, les jours où il y en a.
Aussitôt commandé, j’ai reçu mon service.
Si ça n’a pas traîné, c’est bien grâce aux trois Suisses.
Fière de mon achat, je montrais aux amis
Comment l’aluminium imite l’orfèvrerie.
Hélas, ils m’ont tous dit : c’est de notoriété,
Que donner un couteau, ça coupe l’amitié.
Mais ma pauvre Ernestine, offre donc une assiette,
De celles qui s’accrochent au mur, dans les toilettes.
Et pour que l’amitié vous conserve sa flamme,
Va vite remballer ton manche et puis sa lame.

Ernestine Chassebœuf

Il y en a plein d’autres ICI, tout aussi succulentes

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Une autre lettre qu’elle envoyait en 2000 à un instituteur de l’école Diderot à Montreuil

Ernestine1
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Une petite dernière qu’elle envoyait en 1999 à Philippe Val de Charlie Hebdo pendant la guerre du Kosovo :

Monsieur,
Je vous en veux beaucoup d’avoir fait pleurer mon vieux copain le facteur-poète Jules Mougin en écrivant des âneries dans votre journal n° 358. Il me l’a fait lire, c’est vrai que ça surprend de voir ça écrit par vous : Dire non à la guerre ne veut rien dire, on est obligé de faire la différence entre les guerres… J’ai l’habitude de lire votre journal, mon voisin me le passe quand il l’a fini. Vous devriez arrêter d’écrire pendant un moment, vous devez être fatigué, ou alors écrivez dans Le Monde, il paraît que le patron c’est un marchand d’armes, il refuserait pas de vous embaucher.
Si vous décidez de vous reposer pour réfléchir un peu, vous allez vous ennuyer, alors je vous envoie un modèle de cagoule à tricoter pour les aviateurs américains, vous êtes le troisième à qui j’en envoie après Noël Mamère et la Sarôte qui dit des conneries plus grosses qu’elle le midi chez Ruquier. Faites bien attention où c’est écrit AVIS IMPORTANT, si les trous sont pas en face des yeux, pourrait y avoir des bavures et vous seriez responsable de ça aussi,
Bonnes vacances,
Ernestine Chassebœuf.

9 réflexions sur “Les lettres de « rouspétance »

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